La page des élèves

Bonjour

    Tout d’abord bonjour et bienvenue dans le monde fantastique de la classe préparatoire de lettres de Dumont d’Urville.

Alors que faut-il dire sur les prépa que vous ne sachiez pas déjà? Déjà, les lunettes cul-de-bouteille, les cheveux longs dans le désordre et les vieilles serviettes en cuir usées par le temps ne sont plus obligatoires pour les élèves littéraires. De même que le long trench coat usé jusqu’aux coutures, désormais l’uniforme est bien plus soft et il arrive même que parfois nos élèves passent inaperçus dans la rue. D’ailleurs, nous ne parlons pas latin avant d’avoir avalé notre bol de chocapics du matin. Pour le grec, attendre deux cafés serrés.

Alors tout d’abord, petit kaléidoscope des élèves de prépas dans l’imaginaire collectif :

    L’élève de prépa vu par ses parents est un enfant éveillé, quoique souvent il essaye encore de faire rentrer le petit cube dans le trou rond de son jouet pour les + de 36 mois. Il est gentil et il présente bien devant les copains pendant le traditionnel barbecue de printemps « oh bin tu sais le mien, il est en prépa… oh oui oui, il bosse beaucoup, beaucoup… oui c’est dur mais que veux-tu… »

L’élève de prépa vu par la société est un marginal qui aime naturellement beaucoup travailler et qui ne peut s’endormir sans avoir parcouru pour son simple plaisir personnel quelques pages de philosophie du 18° siècle en langues originales, quelques vers de l’Énéide en latin et, tout naturellement, le dernier documentaire chiant en vogue sur n’importe quelle période obscure de l’Histoire (qui est certainement passionnante pour les trois ou quatre illuminés qui l’étudient).

L’élève de prépa pour ses amis est une sorte de rustre qui a tendance à s’isoler, à utiliser des mots de quatre syllabes après avoir vu le dernier Iron Man, parfois un peu pédant en commandant son menu de Fast Food avec l’accent anglais, et il répète souvent « j’en peux plus, j’en ai marre ».

L’élève de prépa pour le prof de lycée est un courageux (ou un gosse à problèmes qui a échappé au filet du psy scolaire). « Ah mais pour une fois qu’y en a un qui essaye, on va pas dire non, nous, hein !!! » (sic un prof de lycée.)

L’élève de prépa pour son médecin de famille est un futur patient pour le collègue psychiatre.

L’élève de prépa pour les journalistes est un élève formaté par le système, un élève qui n’échappera pas à la normalisation obscure effectuée par des professeurs zélés en quête de reconnaissance et de réussite par procuration. Un élève déprimé, malheureux, auquel on offre l’excellence en échange de l’échec de sa vie personnelle et de la destruction inéluctable de son égo.

Mais en réalité, l’élève de prépa est un animal assez méconnu. Alors qui est-il vraiment? Quelles sont ses motivations? Son mode de vie? et surtout Pourquoi?

    D’un point de vue physiologique l’élève de prépa se comporte d’une manière relativement comparable à n’importe quel être humain de 18/20 ans, il mange régulièrement et comme il a le droit de manger pendant les contrôles et qu’il a beaucoup de contrôles, souvent le prépa s’engraisse joyeusement. Il a beau dire que le cerveau consomme beaucoup d’énergie quand il tourne, parfois les D.S. hebdomadaires et concours blancs ne suffisent pas à éliminer convenablement la junk food, les sodas, les pizzas, les bonbons et biscuits sans lequel le prépa refuse de soulever son cartable pour aller d’une classe à l’autre. Le prépa est toujours extrêmement sensible aux questions de nourriture. D’ailleurs, il n’est pas rare que le prépa court pour aller à la cantine le midi, tout sérieux qu’il soit et tout passionnant que son cours puisse être.

Il dort aussi. Il est d’ailleurs très bon au lit, pendant les vacances il y reste parfois plusieurs jours d’affilées. Il dort souvent mais pas aussi souvent qu’il le voudrait parce que les professeurs, malgré leur grande connaissance du mode de fonctionnement du corps humain, refusent parfois de le laisser s’assoupir tranquillement avachi sur sa table. (Les professeurs de prépa seront abordés plus tard dans l’article, ce sont des êtres qui demandent un traitement bien particulier).

L’élève de prépa est un animal diurne sauf les veilles de D.S. et les soirs où il se rappelle que la dissertation de philosophie était à rendre pour hier. Là, il déroge à son mode de vie normal et devient nocturne, mais c’est assez exceptionnel. (D’ailleurs ce passage « diurne/nocturne » provoque un jet lag de trois jours en moyenne.) « Ah oui exact. On aura cours d’Histoire y’a deux jours. » (sic un élève de prépa)

La question de l’évolution de l’élève de lycée en élève de prépa a été maintes fois posée par des scientifiques éminents de l’éducation nationale qui se sont accordés à dire qu’il arrivait que les élèves de lycées se transforment en élèves de prépa après avoir présentés leur dossier sur Admission Post-Bac.

Le prépa présente divers habitats. Il peut être interne dans son lycée ou bien encore dans une chambre en ville ou bien chez ses parents. La veille de concours blanc il arrive qu’on le trouve errant dans le C.D.I. du lycée. Si il a besoin de prendre son automobile personnelle pour aller au lycée, il n’est pas rare que celle-ci soit, par la force des choses, transformée en une bibliothèque mobile, une réserve de feuilles froissées, de stylos cassés, de reste de fast food et de fond de bouteilles de coca.

Le prépa consomme pas mal de bic. La durée d’un stylo bic classique dans les mains d’un élève de prépa qui prend ses notes sur les feuilles et ses dessins dans les marges a été estimé à environ 7 semaines. Selon qu’il soit grand dessinateur ou pas, l’espérance de vie du stylo diminue ou s’allonge.

L’élève de prépa peut classiquement être garçon ou fille. (Les animaux ne sont pas encore tolérés dans les locaux.). Souvent l’élève de prépa prétend qu’il a choisi la prépa pour s’instruire, se cultiver, avoir des bases de connaissances solides et des méthodes, mais certaines études sociologiques tendent à prouver qu’en fait c’était pour que ses parents arrêtent de lui répéter « mais quand est-ce que tu vas arrêter de rien faire? » ainsi que pour pouvoir déroger naturellement à certaines obligations comme par exemple « mais je peux pas y aller au baptême de l’arrière petit cousin de ma tante, j’ai D.S. demain » ou bien « Comment pourrais-je débarrasser la table alors que je n’en suis qu’au paragraphe 2 de la Critique de Kant? Maman allons, sois raisonnable! » ou bien le très classique mais néanmoins efficace « Je sais que c’est bizarre mais je travaille mieux quand ma chambre est en désordre ».

L’élève de prépa s’engage parfois dans des grandes causes, comme la pénible tentative d’obtention d’une machine à café dans son bâtiment, ou bien la tentative un peu désespérée d’échapper aux cours de sport. En effet, certains ont lieu le lundi matin et le prépa n’est pas sportif le lundi matin. D’ailleurs, certains spécimens observés ne sont pas sportifs ni le lundi, ni le mardi, ni même les autres jours de la semaine. Mais le prépa a quand même les bras solides, un dictionnaire unilingue peut peser jusqu’à 2 kilogrammes.

Des fois le prépa a un rapport d’amour/haine à la prépa. Souvent, quelques heures avant le D.S. du mercredi l’élève de prépa se demande s’il avait vraiment signé pour ça. Pour lui, la vie, c’est pas du foie gras, même pas de la mousse de canard. Il se met à couiner que la vie c’est nul, il recommence à écouter ses vieux albums d’ado révolté en se disant que la vie c’était mieux avant. Après six heures de D.S. il sort, fatigué mais heureux (enfin ça dépend) et, guilleret, décroche parfois son téléphone pour demander s’il reste des places pour aller sur Mars afin de ne plus avoir à affronter le regard de ses enseignants/camarades/parents. D’autre part, nous avons remarqué que l’élève de prépa, s’il peut devenir accroc à la caféine et à d’autres substances comme les autres êtres humains, en revanche, après deux ou trois ans de prépa, il n’est toujours pas accroc au travail. Parce que ce qui caractérise l’élève de prépa, c’est aussi ce self-control hors du commun.

Certains effets collatéraux sont parfois observés. Quelques spécimens n’osent plus regarder Le cercle des poètes disparus à cause de la scène des déclinaisons latines (agricola, agricola…). D’autres ne supportent plus de rester 6 heures sans manger. Souvent le prépa développe une addiction légère à la caféine et aux blagues pourries. La plus pourrie étant encore à ce jour « ahah, il vaut mieux finir boulanger que Boulanger ! ». Que les élèves ont d’ailleurs trouvé seuls, leur professeur ne leur ayant même pas soufflé le début (certainement par souci de dignité).

Néanmoins, quelques modifications comportementales, grandement dues à la prépa sont aussi observées. Il arrive quelque fois que le jeune adulte se mette, de lui-même, à regarder des films français. A lire des livres plus vieux que lui-même, et parfois plus épais que le super Best-Of de Vogue magazine. Parfois, le prépa a un rire nerveux quand il entend une faute de subjonctif. Les cas les plus graves vont jusqu’à la crise d’hystérie devant des fautes d’ortograves dans les sous-titres. Il répète alors frénétiquement : « NON MAIS TOUT SE PERD MA BONNE DAME! » (oui, il arrive parfois que l’élève de prépa parle comme un vieux grincheux).

Mais si il y a une chose à retenir c’est que l’élève de prépa est un animal gentil. Il aime bien les câlins et les compliments, d’ailleurs ses professeurs lui en font des compliments « Mais rassure toi, comme tu peux pas faire pire, tu feras forcément mieux! ».

Le professeur de prépa est avant tout brillant par sa logique.

D’ailleurs le professeur de prépa, parlons-en.

Il est souvent perçu par la société comme un sadique dégénéré qui adore beaucoup faire souffrir ses élèves. Et même si on a pu entendre dans les salles de classes « j’avais deux options, devenir serial killer et devenir prof, j’ai choisi prof parce que ça laisse moins de traces » il est aujourd’hui plus ou moins prouvé que cela relevait de la tentative malheureuse de faire de l’humour. Il faut savoir que souvent les blagues des profs de prépa sont nulles. Parce que le prof de prépa est avant tout prof et que les blagues des profs sont nulles. C’est la loi. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si les blagues des élèves le sont aussi, c’est aussi ça la marque du maître sur son élève.

Mais l’élève, gentil par nature se dote parfois d’un sourire discret, ou d’un petit haussement d’épaules parce qu’il ne veut pas laisser son professeur dans un moment d’intense solitude.

Il arrive aussi que les profs donnent des devoirs en finissant leur phrase par « c’est tout de même pas grand chose », à ce jour nul ne peut affirmer qu’il s’agisse vraiment de premier degré.

Le professeur de prépa est vu par ses élèves souvent. D’ailleurs parfois un peu trop, il arrive parfois que l’élève développe un complexe aiguë de syndrome de Stockholm et qu’il parvienne à aimer bien ses profs. Auquel cas cette situation gênante, où parfois il y a une certaine complicité prof/élève, cesse immédiatement après la correction des copies de concours blanc.

Le professeur des fois a des fantasmes que l’élève déçoit « il est évident qu’à votre âge vous ayez lu ça, ça, et ça ». Alors qu’en fait il avait lu ni ça, ni ça, ni ça, et qu’il avait déjà plus que l’âge prescrit.

Le professeur dit des fois « non mais faut pas le prendre mal » en rendant la copie, ce que le professeur ne sait pas c’est que cette phrase est à peu près aussi vexante que le « mais t’as un peu pris ces derniers temps, toi, non? » qu’en général, à cause des grignotages pendant les contrôles on entend à peu près en même temps.

Des fois, le professeur de prépa pris de pitié pour son élève mais d’un véritable souci de sincérité écrit l’appréciation vraiment très mal afin que l’élève ne puisse pas la lire. Il semble que ce soit un contrat tacite, une sorte de sincérité présente mais voilée, pudique mais avouée.

Le souci de la graphie des enseignants ne contrarie l’élève que les premières semaines, après celui-ci éprouve une sorte de soulagement à ne pas pouvoir tout lire. Parce que souvent, le prof de prépa écrit beaucoup sur les copies. Même des choses que l’élève ne voudrait pas qu’il écrive.

Parfois le professeur se risque à donner une référence culturelle qui n’est pas stricto sensu dans le programme. Mais rares sont les cas d’élèves qui sont, à ce jour, allés voir de quoi il en retournait vraiment. L’ayant bien compris, des professeurs essayent désormais de donner des références légèrement plus récentes, à mi-chemin entre Mathusalem et Britney Spears, mais à ce jour les résultats n’ont pas été chiffrés.

    C’est ainsi que se finit notre étude sur le monde fantastique et trop peu exploré de la classe préparatoire du lycée Dumont d’Urville.

Comme vous l’aurez remarqué, nous n’avons pas été exhaustifs dans notre essai, et nous n’avons pas laissé notre plume dériver dans les grandes théories selon lesquelles le cursus des classes préparatoires rendrait la peau plus douce et les dents plus blanches. De la même façon que nous n’avons à ce jour, pas pu observer de spécimens racontant leur prépa comme un bagne moderne où la torture est de mise, où les élèves se font des croch12249748_538732129612650_1791806957017983451_ne-pieds dans les couloirs et où ils essayent de s’égorger violemment à coup de règles Maped en métal.

Nous vous remercions de votre attention.

Marion, élève de Khâgne.

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